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Renée de Tryon-Montalembert, une femme exceptionnelle au service de l’Église

Renée avec le pape Benoît XVI à Rome, le 18 mai 2005 © Archives Renée de Tryon-Montalembert
   

"Don total, dépouillement absolu, quitter tout, tout… même réputation et honneur !" Deux journées spirituelles sont organisées les 21 et 22 avril pour se mettre à l’école de cette figure magnifique, décédée il y a 10 ans.

« Renée et le Mystère de l’Épouse » sera le thème des journées spirituelles organisées vendredi 21 et samedi 22 avril à l’occasion du dixième anniversaire de la mort de Renée de Tryon-Montalembert. La journée du vendredi se déroulera à la maison de la CEF (Conférence des évêques de France) à Paris à laquelle il convient de s’inscrire au préalable ici. Elle sera composée de témoignages divers et le lancement, dans la matinée, sera faite avec la participation de Fabrice Hadjadj. Le soir, à 19h15, Mgr Raffin présidera une messe à Saint-Étienne-du-Mont qui sera suivie d’une veillée eucharistique. Le samedi se passera à La Ferté-Loupière, son lieu de naissance.

Ces journées permettront de se mettre à l’école de sa spiritualité novatrice : Renée de Tryon-Montalembert avait en effet une vocation singulière, celle de garder un c½ur d’enfant tout en étant l’épouse du Christ, sans oublier de développer son intelligence et de la mettre au service de tous. C’est d’ailleurs ce qui frappait le plus quand on la voyait, à la fin de sa vie, diminuée par la maladie de Parkinson. Sa présence d’esprit s’alliait à celle du c½ur, pour offrir une attention totale à son interlocuteur.

La vie consacrée : un appel à renouveler l’Église

Dernière descendante de sa famille et grande intellectuelle, Renée de Tryon-Montalembert (1920-2007) devient vierge consacrée peu après la validation du décret du nouveau rituel, le 8 décembre 1973. Mais sa vie est donnée au Christ depuis bien plus longtemps, sous forme de v½ux privés prononcés en 1955. Elle en tire son dynamisme et sa force. Cette grâce particulière lui arrachera ces mots au sujet de cette nouvelle étape de sa vie : « Une véritable mutation, une entrée dans une phase toute nouvelle et décisive qui réalise l’unité de toute mon existence ! » Elle développe une spiritualité particulière, inspirée de la phrase du Bien-Aimé dans le Cantiques des Cantiques : « Montre-moi ton visage ».  Elle l’entend comme un cri, un refrain, une méditation. Cette phrase, c’est à tous qu’elle désire la faire entendre. Sa spiritualité consiste à dire : « Préparez-vous, montrez-lui votre visage » et d’inviter tous les baptisés à vivre de ce même souffle. Deux figures féminines la suivent toute sa vie, celle d’Anne de Guigné, enfant vénérable qu’elle ne quitte pas depuis sa première communion, et sainte Catherine de Sienne, docteur de l’Église. Ces deux figures résument, à elles seules, son caractère et son statut au sein de l’Église.

Un dynamisme incroyable

Durant vingt-deux ans, elle est directrice d’une école secondaire juive. Cela la conduit à étudier l’hébreu, le judaïsme et à nouer de nombreuses et profondes amitiés dans les milieux juifs les plus divers, en France et en Israël. Elle ira souvent à Jérusalem et sera très impliquée dans le dialogue entre Église et monde juif, notamment, jusqu’en 1995, au sein du Comité directeur de l’AJCF, qu’elle représentera en Israël.

Sa vie de prière est rythmée par les offices liturgiques, de nombreuses heures devant l’adoration eucharistique, le chapelet et la méditation des mystères. Elle y puise son inspiration, son oraison quotidienne et y ancre la fidélité à sa vocation d’épouse du Christ pour demeurer telle une jeune amoureuse.

Sa force est aussi de ne pas se laisser décourager par les épreuves, de prendre les moyens de repartir, de garder un c½ur pur d’enfant, en se confessant assidûment et en allant prier à Notre-Dame des Victoires ou Saint-Étienne du Mont. D’une vivacité incroyable, elle suscite des rencontres, des retraites, des pèlerinages, écrit des articles, donne des conférences et anime environ soixante-dix chapelets sur Radio Notre-Dame, de 1989 à 1995, qu’elle relie à l’actualité de l’Église. Elle va souvent à Rome et passe parfois à la Congrégation pour la doctrine de la foi où elle rencontre celui qui est encore le cardinal Ratzinger. Enfin elle lance encore, tout à la fin de sa vie, deux nouvelles associations : « Pèlerins parkinsoniens » et « Enfance et sainteté ».

Benoît XVI la reconnaît et la remercie au nom de l’Église

« Pour manifester le visage de l’Église apostolique, il faut aussi vivre en étroite communion avec le pape et les évêques. Au cours d’une rencontre nationale de vierges consacrées, l’un d’entre eux leur dit : « Vous êtes appelées à vous tenir au c½ur du Collège épiscopal comme Marie au Cénacle, appelant l’Esprit saint sur les successeurs des apôtres ». Renée prie intensément pour eux. Tout ce qu’elle entreprend n’a qu’un seul but : être au service de leur mission. Ses écrits visent avant tout à faire connaître leurs enseignements. En relation étroite avec nombre d’entre eux, en France, en Israël, à Rome, elle n’hésite pas, dans son amour filial, à leur partager ses intuitions, à formuler telle ou telle suggestion, avec « confiance, obéissance, humilité ». (Prier 15 jours avec Renée de Tryon-Montalembert)

En 2005, elle emmène à Rome un groupe de parkinsoniens, pour aller soutenir le saint pape Jean Paul II. Mais c’est Benoît XVI qui accueille les pèlerins. Celle qui pousse le fauteuil de Renée raconte : « On ne devait pas s’arrêter, se souvient-elle, ni lui parler. Mais j’ai dit cependant : “C’est Renée de Tryon-Montalembert”. Benoît XVI a alors arrêté le fauteuil malgré l’affluence, il l’a reconnue aussitôt. “Je vous remercie beaucoup pour tout ce que vous faites, continuez, je vous encourage, je prie pour vous, je vous bénis”, lui a-t-il dit, pour exprimer tout ce que l’Église lui doit. Elle en a eu les larmes aux yeux, des larmes spirituelles. Cela lui a donné le courage de continuer ».

 

Jamais trop jeune pour adorer Dieu !

ARTICLE | 23/01/2015 | Numéro 1933 | Par Florence Brière-Loth

Amener ses enfants devant le Saint-Sacrement aide à éveiller leur vie intérieure. 
Entretien avec Anne Alméras, mère de famille, cofondatrice de « Enfance et sainteté ».

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans l’initiation à l’adoration chez les enfants ?

J’avais découvert l’importance capitale de ce c½ur à c½ur avec Jésus et je voulais le faire découvrir à mes enfants. Puis à d’autres. Depuis vingt-cinq ans que j’adore le Saint-Sacrement avec eux, je suis frappée de voir à quel point ils sont demandeurs, sans doute à cause de l’agitation qui règne dans notre monde. « L’adoration, ça me repose, a dit une petite fille d’un de mes groupes, on est bien ! » L’éducation à l’intériorité passe par des choses très simples et pas forcément originales.

Mais les enfants ne sont-ils pas trop jeunes ?

Venir tous les lundis soir après l’école peut paraître un vrai défi quand on pense qu’il faut ­enchaîner ensuite les bains, les devoirs, le dîner… Mais les enfants reviennent toujours avec joie. Ils sont très fidèles. Ce sont des êtres spirituels à part entière et même de façon privilégiée à cause de leur simplicité. Jésus nous dit : « Laissez venir à moi les petits enfants », et nous ne les Lui amènerions pas ? Même les petits peuvent être canonisés, on l’a vu plusieurs fois dans l’Histoire de l’Église.

L’enfant est capable de Dieu, dit-on souvent…

Il a les dons du Saint-Esprit en plénitude. Anne de Guigné, aujourd’hui déclarée vénérable, n’a pas eu d’apparitions, elle n’est pas morte martyre, mais elle a vécu des dons du Saint-Esprit. L’enfant a une disposition au mysticisme : il se donne totalement dans un élan gratuit, dans la pureté du c½ur, comme nous le ferons au Ciel dans la vision béatifique. Dieu travaille ces jeunes âmes. Je suis toujours émerveillée, à l’adoration, par ces regards d’enfants vers Jésus.

Quel âge ces enfants ont-ils ?

J’accueille toute la famille, même les bébés, pour une présence gratuite, un face-à-face devant le Saint-Sacrement. Il n’existe pas encore de conscience d’adoration chez les plus petits, mais on touche le plus important : la mémoire du c½ur. Tout ce qui les imprègne demeure pour la vie entière. Ils s’en souviennent plus tard et ils reviennent. Je l’ai expérimenté avec des personnes âgées qui perdaient un peu la tête : quand je récitais avec elles un Je vous salue Marie, les mots leur revenaient et elles pleuraient. Leur c½ur se souvenait.

Une éducation chrétienne est-elle nécessaire ?

J’accueille aussi des enfants de familles non ­chrétiennes, et certains parviennent à amener leur maman. Mais souvent, le manque de persévérance vient des parents. Leur exemple est capital. Ils font souvent faire beaucoup d’activités à leurs enfants et il ne reste plus de place dans l’emploi du temps pour l’essentiel. C’est pour cela que je catéchise les mères. J’aide celles que j’appelle après Jean-Paul II « les sentinelles de l’invisible » à comprendre leur vocation, à aimer leur vie cachée, comme l’a vécue la Sainte Vierge, pour qu’elles puissent être éducatrices.

« Transmettre la foi avec enthousiasme est une profession d’avenir pour la femme », affirmait Édith Stein. Je leur parle de la nécessité de la douceur car si l’enfant la sent chez sa mère, il ­apprendra l’intériorité. Ce n’est pas l’éducation à la baguette qui forme le c½ur. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de c½ur » : tout l’enseignement de Jésus est là.

Comment se déroule ce temps d’adoration ?

L’initiation est nécessaire. On ne peut pas mettre les enfants devant le Saint-Sacrement sans préparation. En général, ils jouent un peu devant l’église en arrivant, puis ils entrent dans la chapelle avec un petit chant simple qui dispose les c½urs, car ils peuvent être un peu agités après l’école.

Ensuite, on lit un passage de l’Évangile. Puis je leur parle. La Sainte Vierge quand elle apparaît dit toujours la même chose, alors je répète : « On met ses mains sur son c½ur car nous sommes le temple de l’Esprit ». Puis je leur demande de dire des petits secrets d’amour à Jésus dans leur c½ur, comme pour un câlin. Je leur redis la phrase de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Je veux que mon c½ur soit comme un petit oreiller où Jésus puisse reposer sa tête ». Une fois que le Saint-Sacrement est exposé, je leur demande qui veut être l’oreiller de Jésus. Ils lèvent tous la main. Ensuite, le silence est céleste. « Je ne lui dis rien, expliquait sainte Thérèse, je L’aime. »

Quelle attitude adopter pour favoriser l’adoration ?

L’adoration apprend aussi à l’enfant la maîtrise de son corps. Je leur fais joindre les mains et se prosterner. Les grands ont pris le pli, et les petits les regardent et les imitent. Devant le Saint-Sacrement, ils comprennent que notre corps est aussi fait pour prier. Dans cette position, ils réalisent de l’intérieur que c’est ainsi qu’ils sont le mieux. Je leur demande ensuite de fixer les yeux sur Jésus, de se laisser saisir par sa présence et que leur c½ur soit tout entier réceptif, car Il va leur donner une surabondance de grâces.

Restent-ils en silence tout le temps ?

Non. Je dis une petite phrase de temps à autre, comme : « Demandons à Jésus de Lui ressembler ». Je raconte souvent une anecdote de la vie d’un saint et je mets l’accent sur la joie et l’obéissance qui font la sainteté d’un enfant. Ils aiment les histoires de saints. Les enfants ont besoin de modèles – et de modèles de leur âge. Si les saints sont des adultes, les enfants pensent qu’ils ne pourront jamais les imiter ni faire aussi bien qu’eux.

Puis nous prions le chapelet. Quand on le tient, c’est comme si on donnait la main à la Sainte Vierge. Je propose toujours d’embrasser la croix du ­chapelet, comme à L’Île-Bouchard. Pour un enfant, ce geste n’est pas anodin, il le marque. Quand on a appris à aimer la Croix, on apprend à porter nos croix quotidiennes.

Florence Brière-Loth

 

Article dans "L' Evangile de la Vie" Octobre 2014

Article dans
 
 

 La France est-elle encore la "fille aînée de l’Eglise" ?

Retrouvez ci-dessous le texte de la conférence du cardinal Philippe Barbarin, à l’Académie des Sciences Morales et Politiques, lundi 15 avril 2013.

Introduction : A propos de l’adverbe « encore »

Pourquoi faut-il que l’adverbe « encore » vienne si souvent prendre place dans tellement de questions et se nicher dans les titres de tant de livres, d’articles et de conférences ? « Peut-on encore croire aujourd’hui ? » « Peut-on encore parler du péché aux jeunes, à notre époque ? » « Le message de la Création et de la Résurrection est-il encore audible dans un monde scientifique ?.... »

A chaque fois que j’entends cet adverbe, j’ai envie de le remplacer par « tout à fait ». On peut tout à fait croire dans un monde scientifique ; il y a d’ailleurs la même proportion de croyants et d’athées chez les intellectuels et les chercheurs que chez les sportifs, les hommes d’affaires ou les charbonniers… Oui, on peut et l’on doit parler du péché, car il fait des ravages dans nos vies, et ce serait de la lâcheté ou du mensonge d’éviter le sujet pour ne pas déplaire. De deux choses l’une, ou bien la Révélation est une vérité libératrice qui vient de Dieu et traversera les siècles et les cultures, malgré les railleries et les attaques, ou bien elle est une invention de l’homme. Sur ce point, chacun fait son choix.

Quand on a lu Lucrèce ou le curé Meslier, on sait que l’athéisme ou les objections à la foi ne datent pas de l’ère scientifique. Mais on peut aussi remarquer comment les refus très assurés du positivisme, au milieu du XIX° siècle, la certitude que les découvertes de la science allaient rapidement débarrasser l’humanité de toutes « ces supersti-tions obscurantistes », ont fait long feu. Parfois, l’attitude religieuse est perçue comme l’antidote à une névrose et les révélations comme des défenses contre le désespoir d’une existence humaine qui vient inéluctablement se fracasser contre la muraille de la mort.

Cela n’empêche pas ceux qui partagent cette conviction de respecter l’univers religieux et peut-être même, secrètement, d’être intrigués par lui. J’aimerais interroger les spécialistes de Sigmund Freud sur le paradoxe de cet homme qui peut à la fois, dans un de ses ouvrages les plus difficiles, évoquer la religion comme « l’avenir d’une illusion » [1] et laisser son épouse donner une solide éducation juive à leurs enfants et participer lui-même fidèlement aux célébrations religieuses familiales.

Vous pouvez lire l'intégralité de la conférence en cliquant ici

 

 

Homélie ND d'Auteuil Fête de la Sainte Famille                         

Dimanche 30 décembre 2012 – Fête de la Sainte Famille

Mes amis, mes frères, au moment où nous assistons à une attaque sans précédent dans notre pays contre la famille, et le respect de la vie, cette fête de la sainte Famille arrive à point nommé. Il ne s’agit évidemment pas de faire de la politique, ou de la surenchère, ou d’appeler à je ne sais quelle attitude de mépris de qui que ce soit. Nous devons situer les choses sur un autre terrain : celui de la personne humaine, celui des fondements de la Société, celui de la nature humaine, finalement, celui du combat de la vérité contre l’idéologie. De nombreuses fois, notre Saint Père, Benoît XVI est revenu sur le grand danger de l’idéologie, qui est cette pensée d’ensemble où la réalité doit se plier à l’idée. Il s’agit d’une pensée totalitaire, qui ne tient compte ni de la réalité physique, matérielle, économique, sociale, religieuse, ni de l’histoire. L’idéologie a pour but de refaire le monde selon une idée. Pour cela, elle procède selon deux moments qu’elle nomme aujourd’hui : déconstruction (entendez : destruction) et reconstruction. Le but visé est clairement de s’affranchir du passé (du passé, faisons table rase) pour bâtir un autre type de société, de civilisation, d’être humain, qui ne tienne aucun compte de ce qui est hérité de l’histoire ou de la nature.

Quelle idéologie préside aux manipul ations actuelles ? L’idée fondamen-tale est une conception de l’homme purement subjective : je suis ce que je veux être. Rien, ni mon être corporel, ni la famille, ni la culture, ni aucune instance, ne peut me dire ce que je suis. Je suis ce que je veux être. Rien ne doit pouvoir m’empêcher d’être ce que je veux être. Vous comprenez que cette pensée a pour socle une tête d’épingle : le moi, le sujet, le sujet et son désir, et sa volonté ; rien de ce qui extérieur à moi ne peut me dire qui je suis. Le sujet est tout entier défini dans un tout qui est le moi. L’autre n’existe pas pour moi, la Société n’existe que dans la mesure où je lui donne quelque importance ; l’histoire, la culture ou la religion n’ont rien à me dire ni sur ce que je suis, ni sur ce que je veux, ni sur ce que je dois. Finalement, si nous extrapolons, nous nous apercevons que nous avons devant nous un être enfermé en lui-même, prisonnier de son désir, incapable d’apprendre de l’histoire ; juste, au mieux, de son expérience personnelle. Nous avons un être qui ne tient aucun compte des autres, de tout ce que l’intelligence humaine a appris aux hommes pendant des millénaires. L’autre est ici conçu au mieux comme utile, plaisant, indifférent, au pire comme nuisible. Ce subjectivisme conduit à l’individualisme (l’individu est le tout), à l’utilitarisme (est bon ce qui m’est utile), à l’hédonisme (est bon ce qui me procure du plaisir), au relativisme (est bon ce que je définis comme tel).

Il s’agit évidemment d’une pensée de nature révolutionnaire, c’est-à-dire qui vise à renverser la passé pour préparer un avenir qu’elle construira et qu’elle estime meilleur que ce qui existe et qu’elle ne supporte pas. Car dans cette pensée, il y a une haine –parfois seulement un dégoût – de la réalité qui nous précède et nous entoure, qui nous est donnée et qui s’impose à nous. C’est comme si chacun de nous, nous étions un commencement absolu ; c’est comme si avec chacun devait recommencer toute l’histoire humaine. Ainsi, dans cette pensée, il y a une prétention créatrice, une révolte dans une sorte de concurrence avec le Créateur : je ne supporte pas la création qui m’est donnée ; je veux créer un monde et un homme différents, à ma convenance, à mon image et à ma ressemblance.

Mais cette pensée finalement découvre assez vite ses failles : si tu veux construire un monde qui te plaise et qui soit à ta convenance, libre à toi, pouvons-nous lui rétorquer ! Cependant, ne cherche pas à me l’imposer car il ne me convient pas. Cette idéologie veut imposer à tous ce qui lui semble meilleur. C’est tout à fait l’histoire de Procuste, ce demi-dieu, fils de Poséidon, qui attachait ses hôtes sur un lit : lorsqu’ils étaient trop grands, il coupait ce qui dépassait, lorsqu’ils étaient trop petits, il les étirait jusqu’à ce qu’ils atteignent les dimensions du lit. Ce Procuste est la personnification de l’idéologie et de sa folie égalitaire. Il finit par mourir, traité par Thésée de la même manière qu’il traitait ses hôtes.

Or précisément, ce que nous révèle clairement la foi chrétienne, c’est que le seul Créateur, c’est Dieu. Il a pensé et voulu la création selon un dessein plein de sagesse, d’équilibre, d’harmonie. Toute tentative de créer un monde autre que celui que Dieu a créé est menacé par la folie, le déséquilibre, les dissonnances. Dieu lui-même, lorsqu’il se fait homme, assume cette réalité en entrant dans une famille, car le dessein de Dieu sur l’homme passe par la famille ; Dieu ne veut pas, en effet, que l’homme s’enferme dans une solitude dangereuse, mais qu’il trouve son plein épanouissement dans une relation stable, durable et féconde avec l’autre. Ce dessein s’accomplit dans la création d’une humanité masculine et féminine, la femme étant pour l’homme – et réciproquement – son autre, celle qui le fait sortir de lui-même pour vivre avec quelqu’un qui soit son vis-à-vis, avec laquelle il puisse véritablement dialoguer, qu’il puisse aimer et chérir, avec laquelle il puisse s’unir, pour donner naissance à un autre. Dans ce dessein de Dieu sur l’humanité se trouve inscrite toute la Société qui naît du sein de cette relation entre égaux, différents et complémentaires. Le Dieu-Homme, Jésus, a auprès de lui une mère et celui qui est pour lui un père, et il leur est soumis, dit le texte de l’Évangile. Avec eux, sous leur garde, il peut grandir en sagesse, en taille et en grâce, c’est-à-dire selon les trois dimensions de l’être humain : son âme, son corps et son esprit.L’Église intervient donc vigoureusement dans les questions du jour, car c’est un aspect fondamental qui est en jeu : non pas une querelle de sacristie, non pas une pensée rétrograde, non pas un combat d’arrière-garde, mais une vérité sur laquelle nous n’avons pas de pouvoir, qui s’impose à tout homme, une vérité de création, la vérité de l’homme. Lorsque le Garde des Sceaux actuel dit qu’il s’agit d’une question de civilisation, elle a raison. Lorsqu’elle élabore une réforme qui correspond à cette idéologie subjectiviste, elle a tort. L’idéologie subjectiviste rencontrera toujours sur son chemin la pensée chrétienne qui développe l’idée que l’homme, fait à l’image de Dieu, est une personne, un être de relation, et non pas un individu, qui se suffit à lui-même. La personne humaine n’est pas définie par son corps, sans quoi elle ne pourrait être à l’image de Dieu qui n’a pas de corps. Elle est définie comme cet être qui n’existe que dans un ensemble de relations : relations horizontales, avec les autres qui vivent à la même époque, dans un même lieu, etc. ; relations verticales, avec ceux qui nous ont précédés ou nous suivront, avec l’histoire et la culture. Ces relations définissent des dépendances positives, sans lesquelles on ne peut vivre : un nourrisson qui n’est pas recueilli par autrui ne pourra pas vivre ; un enfant à qui on ne parlera pas risque de ne pouvoir vivre non plus ; un adulte qui refuse toute aide risque de dépérir. L’humanité ne se définit pas par une absence de contraintes, mais par des contraintes assumées, au sein d’une famille humaine dont chacun est un membre solidaire. Ainsi, en entrant dans le monde, en prenant nature humaine, Jésus se lie-t-il à toute l’humanité, et nous relie-t-il à son Père et à l’Esprit Saint, à qui il est uni personnellement et à qui il nous unit. Il est le grand lien des hommes entre eux et avec Dieu, et il confie cette mission à l’Église. Que le Seigneur entende

 

Article de Maryvonne Gasse  après le Colloque Enfance et Sainteté 2011 à ARS


Du 28 octobre au 1er novembre, s’est déroulé le 7è colloque de l’association « Enfance et sainteté », sous le titre « dans le c½ur de saint Jean-Marie Vianney ». Un c½ur qui battait au rythme des générations présentes - 350 participants, dont 180 jeunes, et une trentaine de bébés – avec un calendrier bien rempli : cinq interventions par jour pour les adultes, des jeux en plein air en alternance avec des pauses spirituelles pour les enfants, et la messe quotidienne pour tous, belle et priante, avec des temps d’adoration eucharistique dans la journée, et en particulier une procession très recueillie, à la nuit tombante, derrière le Saint Sacrement, porté dans l’ostensoir du saint Curé lui-même, et que chacun pouvait vénérer à la fin de la veillée.

Historique de l'association Enfance et Sainteté

Fondée en 2005 par Renée de Tryon-Montalembert (1920-2007), consacrée dans l’Ordo virginum, celle-ci voulait « susciter un peuple d’enfants capables d’entraîner leurs petits compagnons à la suite de Jésus ». Une intuition puisée dans sa prière à la Vénérable Anne de Guignée (1911-1922), dont sa mère lui avait lu la vie pour la préparer à sa première communion. Morte en odeur de sainteté, à « onze ans moins le quart », Anne avait passé sa courte vie à faire le bon plaisir de Dieu : « pourvu que Jésus soit content ». Presque une devise pour Renée de Tryon-Montalembert qui, au soir de sa vie, fonde « Enfance et sainteté » sous le patronage d’Anne de Guigné. Un testament spirituel ! Aujourd’hui présidée par Anne Almeras, mère de famille, l’association continue de se développer en lien avec le Père Guilmard, o.s.b. son vice-président, comme si le rayonnement de la vénérable enfant se difractait en ces trois états de vie différents dans un éclairage mutuel : la mère de famille, le moine bénédictin, la vierge consacrée ! Etonnante fécondité d’Anne et lumineuse acuité de Renée de Tryon-Montalembert qui, avant de mourir, aura eu la joie de voir réunis, sur l’écran de télévision, les évêques en assemblée plénière à Lourdes, et les enfants de « Enfance et sainteté », son association naissante. Deux hiérarchies, l’une à côté de l’autre, captées dans une seule prise de vue par la caméra du « Jour du Seigneur » en 2006 !

Spiritualité de l'association Enfance et Sainteté

Il s’agit de promouvoir la sainteté des enfants dans une dynamique qui mette en synergie les diverses communautés qui en ont reçu le charisme. Ainsi, cette année, cinq communautés encadraient les jeunes, dans un juste équilibre entre les jeux de plein air et les pauses spirituelles : les frères et s½urs de la Congrégation saint Jean, les s½urs de la Consolation, les s½urs missionnaires de Notre-Dame, deux s½urs des Maternités Catholiques, et des membres de la communauté de Marie-Reine Immaculée. Le dernier soir, chaque groupe a joué la scénette qu’il avait montée sur le Curé d’Ars.

But

Les familles ont besoin de trouver des forces vives sur lesquelles s’appuyer, une doctrine sûre pour baliser leur route et éduquer leurs enfants, des enseignements qui rendent l’intelligence servante de la Sagesse de Dieu et le c½ur ouvert à sa Miséricorde. Dans un monde aussi agité que le nôtre, il est souvent difficile de s’intérioriser mais indispensable pour ne pas tomber dans le piège de l’activisme et des performances. « Il m’avise et je l’avise » expliquait le saint Curé. C’est la grâce d’Ars que le Père Jean-Philippe Nault, recteur du sanctuaire, a mis en exergue, lors de son homélie, pour la messe de la Toussaint.

Grâces

- Les adultes ont pu bénéficier d’enseignements de haute tenue, tant sur le plan doctrinal que contemplatif, dans la veine de saint Thomas d’Aquin, avec l’intervention de trois Dominicains. Cette unité entre c½ur et esprit est une force qui unifie toute la personne, forme son jugement et garde sa liberté devant les mirages de la modernité et les angoisses de l’avenir.

-  Les enfants sont repartis, le c½ur en fête, si l’on en croit le témoignage d’une accompagnatrice qui raconte l’ambiance dans le TER Lyon – Clermont : « en ch½ur, ils chantaient : "je vous aime, ô mon Dieu, et mon seul désir est de vous aimer jusqu'au dernier soupir de ma vie", ce qui suscité l’étonnement ou l’agacement d’une dame : "Vous êtes leur professeur ? Ils veulent évangéliser tout le train ? "Je lui ai répondu que si les chants la gênaient, il ne fallait pas qu'elle hésite à venir me le dire, mes élèves arrêteraient tout de suite. Je lui ai expliqué qu'ils rentraient d’un pèlerinage où ils avaient appris de beaux chants. Elle a baissé les yeux, a souri, et a continué son voyage au son des cantiques !

Invitation

Le 8è colloque est prévu à Lisieux, pour les vacances de la Toussaint 2012, sur le thème de la foi, lancé par Benoît XVI.

Melle Maryvonne Gasse

 

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